Chapitre 2 - Partie 1/3
Les règles et les bienséances de la vision dans la Sunna purifiée
La différence entre la vision (ru’ya) et le rêve (hulm)
La vision et le rêve sont une expression des choses que le dormeur voit dans son sommeil. Le terme « vision » désigne de manière générale ce qu’il voit de bien et d’agréable, tandis que le terme « rêve » indique ce qu’il voit de mal et de désagréable… Cependant, les deux termes sont interchangeables.
Dans la parole du Prophète (alayhi salat wa salam) : « La vision provient d’Allah et le rêve de Satan » (Référence sera donnée plus loin), il ressort que ce qui est attribué à Allah n’est pas appelé rêve et que ce qui est attribué à Satan n’est pas appelé vision. Il s’agit là d’une distinction juridique : autrement les deux reçoivent l’appellation de vision. Un autre hadith souligne que : « Il y a trois sortes de visions. » Ainsi, les trois sont appelées « visions ». On y reviendra plus loin. (Voir Fath al-Bari t.12 p.386)
La vision et le rêve du point de vue de la création et de la détermination dépendent d’Allah Tout-Puissant. On attribue la vision à Allah Azawajal en guise d’honneur, alors qu’on attribue le rêve à Satan parce que c’est lui qui suggère la vision détestable, qui en elle-même n’a aucune réalité. On dit aussi que cette attribution est purement métaphorique. C’est la première opinion qui est la bonne, en raison de l’évidence du hadith :
« Le rêve provient de Satan. »
Il en va de même avec la parole du Prophète (alayhi salat wa salam) dans le hadith transmis par Jabir :
« Que personne ne raconte les tours que Satan lui joue dans son sommeil. »
Les moments où la vision est la plus véridique
Al-Bukhari rapporte qu’Ibn Sirin a dit : « La vision de la journée est comme celle de la nuit. » (Al-Bukhari le cita sans citer de chaîne de transmission (Mu’allaq)
Sauf que la vision la plus véridique de la nuit a lieu « aux aubes, car c’est l’heure de la descente divine, de la proximité de la miséricorde et du pardon, et de l’inactivité des diables. » (Voir Madarij al-Salikin t.1 p.52)
La vision la plus véridique de la journée a lieu à l’heure de la sieste. En effet, dans un hadith authentifié par Al-Bukhari et Muslim, Anas Ibn Malik relate : « Umm Haram m’a raconté :
Un jour le Prophète (alayhi salat wa salam) fit la sieste chez elle. Il se réveilla en riant. Je demandai : « Ô Envoyé d’Allah ! Qu’est-ce qui te fait rire ? » Il répondit : « Je suis émerveillé par des gens de ma communauté qui vogueront sur la mer comme des rois sur les lits. »
Je dis : « Ô Envoyé d’Allah ! Invoque Allah pour que je sois l’un d’eux. » Il répliqua : « Tu fais partie d’eux. » Ensuite il s’est endormi, puis s’est réveillé en riant. Cela s’est produit à deux ou trois reprises. Je dis : « Ô Envoyé d’Allah ! Invoque Allah pour que je sois l’un d’eux. » Il dit : « Tu es parmi les premiers. » ‘Ubada Ibn al-Samit l’épousa, puis participa à un raid. A son retour, on approcha sa monture à Umm Haram pour qu’elle puisse y monter. Elle fit une chute et se brisa le cou. » Rapporté par Al-Bukhari (1893) et Muslim (1912).
Dans une autre version : « Elle prit la mer à l’époque de Mu’awiya. A son retour, elle tomba de sa monture et mourut. »
Selon une troisième version : « Elle accompagna son époux ‘Ubada Ibn al-Samit lors d’un raid, la première fois que les Musulmans partirent en mer avec Mu’awiya. »
Les types de visions et de rêves
Al-Bukhari et Muslim rapportent d’après Abu Hurayra que le Prophète (alayhi salat wa salam) a dit :
« Il y a trois sortes de visions : la vision pieuse qui est une bonne nouvelle provenant d’Allah, la vision attristante qui provient de Satan, la vision qui résulte de ce à quoi l’homme pense. » Rapporté par Al-Bukhari (7017) et Muslim (t.4, p.1773) dont ce sont les termes.
Al-Qadi a dit : « La signification de pieuse et bonne pourrait être bonne en apparence ou son authenticité. C’est un cas où l’objet décrit est rattaché à sa description. »
Ibn Majah rapporte de ‘Awf Ibn Malik que l’Envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) a dit :
« Il y a trois sortes de visions : les angoisses [Ahawil] causées par Satan pour attrister le fils d’Adam, ce que l’homme pense à faire en état de veille et qu’il voit dans son sommeil, une des quarante-six parties de la prophétie. » Hadith authentique rapporté par Ibn Majah (3907)
Ahawil est le pluriel de Ahwal, comme Aqawil est le pluriel de Aqwal, pluriel de Qawi. Al-Hawl : la peur et une chose grave.
Selon l’érudit Ibn Hajar, le « trois » mentionné dans le hadith du Prophète n’est pas restrictif. Par conséquent, il y a ajouté d’autres types :
Les tours de Satan
Dans un hadith de Muslim, Jabir raconte qu’un bédouin vint confier au Prophète : « Ô Envoyé d’Allah ! J’ai vu dans mon sommeil comme si j’avais reçu un coup à la tête, puis celle-ci a roulé par terre. J’ai été très inquiet à la suite de ce rêve. »
L’envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) dit au bédouin :
« Ne raconte pas aux gens les tours que Satan te joue dans ton sommeil. »
Jabir relate qu’il a entendu le Prophète (alayhi salat wa salam) dire dans un prêche :
« Que personne ne raconte les tours que Satan lui joue dans son sommeil. » Rapporté par Muslim (t.4 p.1776, n°15).
-La vision de ce dont on a l’habitude en état de veille comme celui qui a l’habitude de manger à une certaine heure et qui, dormant à ce moment-là, se voit en train de manger. Ou celui qui s’endort après s’être gavé, rêve qu’il est en train de vomir. Il y a entre elle et le pressentiment un lien de particularité et de généralité.
-Les songes incohérents [al-Adghath]. Il s’agit de rêves confus qui ressemblent à la vision véridique, mais il n’en est rien. Il ne convient pas de les interpréter en raison de leur confusion.
En vérité, les types de rêves ajoutés par Ibn Hajar peuvent s’inscrire sous les trois premiers types. Dès lors, le hadith du Prophète (alayhi salat wa salam) indique bel et bien une restriction.
L’érudit du Maghreb, Abu ‘Umar Ibn ‘Abd al-Barr dit : « L’Envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) a divisé les visions d’une manière qui nous dispense de tout autre avis. » Voir al-Tamhid t.16, p.71.
Le cauchemar
C’est le plus funeste, le plus effrayant et le plus terrifiant des rêves. Le rêveur a l’impression qu’une chose plus lourde que les montagnes s’est couchée sur sa poitrine. Il en meurt presque ou s’étouffe sans pouvoir y échapper. Voire, il n’a même pas la force d’effectuer le moindre mouvement. Pire encore, il n’a peut-être pas la capacité de cirer ou d’appeler à l’aide. C’est un sentiment très abominable.
On dit que ces rêves cauchemardesques touchent la plupart du temps deux catégories de gens :
1. Ceux qui dans leur vie ont été en butte à d’intenses chocs.
2. Ceux qui ont été exposés à des agents pathogènes qui ont un effet sur le cerveau, d’une manière ou d’une autre, comme la prise de certaines drogues.
Nombre de psychologues et autres ont fait des tentatives d’interprétations des rêves cauchemardesques, mais leurs théories sont bien contrastées à ce sujet !
1. Les partisans de l’école freudienne sont d’avis que les cauchemars expriment un violent conflit intérieur autour d’un désir sexuel refoulé, qui peut-être mis en branle par le biais de stimulants redoutables.
Le fait est qu’il est très difficile de démontrer l’existence de l’élément sexuel dans les cauchemars. Par ailleurs, si le sexe en était le moteur, ils seraient beaucoup plus fréquents qu’ils ne le sont en réalité. En outre, il n’existerait aucune raison pour l’apparition de tels rêves, après des expériences effrayantes, dont la nature est de contenir les pulsions sexuelles.
2. Selon une deuxième théorie, le rêve cauchemardesque est une expression des expériences de peur, telles que la peur de l’obscurité, de tomber de grandes hauteurs, des incendies, des séismes, des inondations, etc.
3. Une troisième théorie estime que les cauchemars ne sont rien d’autre que l’expression d’un état de peur primitive dans la vie de l’homme.
4. Une quatrième théorie renvoie ce type de rêves aux origines des sentiments de courroux et de colère. Ce sont des sentiments qu’il faut probablement refouler en état de veille, dans des conditions particulières, mais qui explosent durant la nuit et se transforment en images cauchemardesques qui menacent le rêveur de mort et d’extermination.
Il existe d’autres théories qui, en termes d’intuition, d’invention et de pure conjecture, ne cèdent en rien à celles que nous avons mentionnées !! (Voir Bab al-Nawm wa Bab al-Ahlam p.529-536). Il n’appartient pas à un croyant de perdre son temps dans une science qui ne repose sur aucune preuve scientifique, qu’elle soit transmise ou empirique. Les cauchemars n’échappent pas à la parole de l’Envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) :
« Les visions sont de trois sortes : dont des frayeurs provenant de Satan, pour attrister le fils d’Adam. »
Ils n’échappent pas non plus au hadith de Jabir, tel qu’il est rapporté dans le Sahih de Muslim, Jabir dit : « Un bédouin vint confier au Prophète (alayhi salat wa salam) : « Ô Envoyé d’Allah ! J’ai vu dans mon sommeil, comme si j’avais reçu un coup à la tête, puis celle-ci a roulé par terre. J’ai été très inquiet à la suite de ce rêve. » L’Envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) dit alors au bédouin :
« Ne raconte pas aux gens le tour que Satan te joue dans ton sommeil. »
De même que Satan cherche à nuire à l’homme en état de veille, par l’embellissement et le chuchotement, de même il cherche à lui nuire dans son sommeil par les cauchemars, pour l’effrayer ou l’attrister. Mais, dans la mesure où le complot de Satan est faible, il ne sied pas au Musulman d’avoir peur d’un cauchemar, surtout s’il respecte les bienséances prescrites en matière de rêves détestables. Celles-ci consistent à chercher la protection d’Allah contre le mal du rêve et contre le mal de Satan, à cracher trois fois sur sa gauche et à n’en parler à personne. Car le Législateur a promis que celui qui agit ainsi ne subira aucun tort.
Les visions et les rêves que l’on peut interpréter
Il n’appartient pas au croyant de s’occuper à interpréter tous ses rêves et à expliquer tous ses songes. Il s’agit d’une forme de souci et de perte de temps. Sans compter que c’est une façon de distraire les spécialistes de l’interprétation, de perdre leur temps et de dépenser leurs efforts dans ce qui est absolument inutile.
Si la vision est détestable ou le rêve effrayant et que le Musulman suit les directives du Législateur, en crachant, en recherchant la protection, et autres, cette vision ne se concrétisera pas. Dans l’éventualité où elle se réaliserait, il n’en subirait aucun tort, par la volonté d’Allah. Dès lors, il n’y a aucun besoin d’interprétation, ni aucune utilité d’explication. Et comment ! Alors que l’une des règles liées à la vision détestable est de ne pas les interpréter du tout, voire de ne pas en parler !?
Ce à quoi l’homme pense en état de veille, ou ce à quoi il s’intéresse dans sa vie, puis qu’il voit en songe, n’a absolument aucune interprétation.
Il ne subsiste qu’un type de visions auquel il faut s’intéresser. Je veux dire la vision véridique ou de bon augure. On ne doit en parler qu’à ceux qu’on aime et seul un savant habile peut l’interpréter.
C’est ce que j’ai appris de notre Imam Al-Albanî puis j’ai trouvé à peu près la même chose chez al-Kirmani. (Voir al-Dhakhira d’Al-Qarafi t.13, p.275)
Les degrés des gens par rapport aux visions
1. Les Prophètes, dont les visions sont toujours véridiques. Il se peut que certaines d’entre elles nécessitent une interprétation.
2. Les hommes pieux. La plupart de leurs visions sont véridiques. Certaines d’entre elles ne nécessitent aucune explication. Si elles sont interprétées de manière erronée, elles ne se réaliseront pas ainsi.
3. A part eux, les autres personnes ont des visions qui sont parfois véridiques et parfois chimériques. On les répartit en trois catégories :
-les pudiques, dont la condition est de manière générale l’équilibre (entre les visions véridiques et chimériques).
-les libertins, dont les visions sont la plupart du temps chimériques et rarement véridiques.
-les mécréants, dont les visions véridiques sont extrêmement rares.
Ceci est indiqué par la parole du Prophète (alayhi salat wa salam) :
« Et celui d’entre eux qui a la vision la plus véridique est celui qui est le plus véridique en paroles. » (Voir Fath al-Bari t.12, p.379. Hadith transmis par Al-Bukhari et Muslim, (2263)).
Al-Kirmani déclare : « La vision du croyant est plus véridique que celle du mécréant, celle du savant est plus véridique que celle de l’ignorant, celle du pudique est plus véridique que celle de l’impudique, celle de l’homme âgé est plus véridique que celle du jeune homme… » (Voir al-Isharat fi ‘Ilm al-‘Ibarat de Khalil Ibn Shahin, p.647)
Ainsi, chacun a une vision qui lui convient et des rêves qui lui correspondent. Souvent, les visions permettent aux personnes sagaces de connaître les traits de caractère, les conditions et les qualités des rêveurs.
Les bienséances de la vision pieuse
Il convient à une personne qui a une vision pieuse de faire trois choses : d’en faire la louange d’Allah, de s’en réjouir, d’en parler à ceux qu’elle aime, à l’exclusion de ceux qu’elle n’aime pas.
Dans un hadith d’Al-Bukhari, Abu Sa’id al-Khudri rapporte qu’il a entendu le Prophète (alayhi salat wa salam) dire :
« Quand l’un de vous fait un songe agréable, cela vient d’Allah. Qu’il en fasse donc l’éloge d’Allah et qu’il en parle. S’il voit autre chose qui lui est désagréable, cela vient de Satan. Qu’il cherche donc la protection contre son mal et qu’il n’en parle à personne. Cette vision ne lui fera alors aucun tort. » Rapporté par Al-Bukhari (6985)
Muslim rapporte ce qui suit d’Abu Qatada :
« Sil fait un songe agréable, qu’il s’en réjouisse et qu’il n’en parle qu’à ceux qu’il aime. » (Rapporté par Muslim, t.4, p.1772)
Les bienséances de la vision désagréable
Al-Bukhari et Muslim rapportent d’Abu Salama :
« J’avais des visions qui me rendaient malade, jusqu’à ce que j’entendis Abu Qatada déclarer : « Moi aussi j’avais des visions qui me rendaient malade, jusqu’à ce que j’entendis le Prophète (alayhi salat wa salam) dire :
« La bonne vision vient d’Allah. Quand l’un de vous voit quelque chose qu’il aime, qu’il n’en parle qu’à ceux qu’il aime. Quand il voit ce qu’il déteste, qu’il cherche protection auprès d’Allah contre son mal et contre le mal de Satan ; qu’il crache trois [avec une salive fine] et qu’il n’en parle à personne. Ainsi, cette vision ne lui nuira point. » (Rapporté par Al-Bukhari (7044). Cité aussi en d’autres endroits. Ce sont ses termes. Muslim (t.4, p.1772))
Muslim rapporte un hadith de Jabir, selon lequel l’Envoyé d’Allah (alayhi salat wa salam) a dit :
« Quand l’un de vous fait un songe qu’il déteste, qu’il crache trois fois sur sa gauche, qu’il cherche protection auprès d’Allah contre Satan trois fois et qu’il se retourne sur l’autre flanc. » (Rapporté par Muslim (t.4, p.1773))
On a déjà cité le hadith d’Abu Hurayra rapporté par Muslim :
« Quand le moment [de l’Heure] sera proche, la vision du Musulman ne mentira presque pas. »
On y trouve aussi :
« S’il voit ce qu’il déteste, qu’il se lève pour prier et qu’il n’en parle pas aux gens. »
En résumé, les bienséances liées à la vision désagréable s’élèvent à sept :
1. Chercher la protection d’Allah contre son mal. C’est une règle prescrite pour tout ce que le croyant déteste.
2. Chercher la protection, trois fois, contre Satan parce qu’elle vient de lui. Il s’en sert pour faire des suggestions, afin d’attrister et d’effrayer l’être humain, comme déjà mentionné.
3. Cracher [Tafl] (souffler avec une salive fine) sur sa gauche, afin de chasser Satan qui a assisté à la vision désagréable, par mépris et dégoût. Le côté gauche est privilégié parce que c’est l’endroit des choses sales. On crache trois fois pour confirmation.
4. Se retourner sur l’autre flanc, peut-être dans l’espoir de changer l’état dans lequel on se trouvait. Allah est plus Savant.
5. Prier, parce que dans la prière on se tourne vers Allah et on se réfugie en Lui. Sous Son égide, on est à l’abri du mal, c’est par elle qu’on réalise le désir et que la demande est valable, car lors de la prosternation, l’orant est proche de son Seigneur.
6. N’en parler à personne.
7. Ne pas en faire une interprétation personnelle, car la vision se réalise selon la manière dont elle a été interprétée, et aussi pour qu’elle ne laisse pas de trace dans l’âme. (Voir Fath al-Bari t.12, p.387-389)