Chapitre 3 - 2/2
Les divisions de l’interprétation
Al-Baghawi dit : « Sache que l’oniromancie est divisée en plusieurs parties : sa signification peut provenir du Livre [Le Coran], de la Sunna ou des proverbes dont les gens font usage. L’interprétation peut reposer sur les noms et les concepts. Elle peut aussi reposer sur le contraste et l’inversion. »
L’interprétation selon le Coran
La corde est assimilée à l’engagement, en vertu de la parole du Très-Haut :
{ Et cramponnez-vous au câble d’Allah.} Coran, Al-‘Imran : 103.
Le bateau signifie le salut, car le Très-Haut dit :
{ Puis Nous le sauvâmes, lui et les gens de l’arche. } Coran, al-‘Ankabut : 15.
Le bois est interprété comme l’hypocrisie, selon la parole du Tout-Puissant :
{ Ils sont comme des bûches appuyées. } Coran, al-Munafiqun : 4.
La pierre révèle la dureté de cœur, car Allah Azawajal dit :
{ Ils sont devenus comme des pierres ou même plus durs encore. } Coran, al-Baqara : 74.
La maladie indique l’hypocrisie, parce qu’Allah le Très-Haut affirme :
{ Il y a dans leurs cœurs une maladie. } Coran, al-Baqara : 10.
L’œuf représente la femme, selon la parole du Très-Haut :
{ Semblables au blanc bien préservé de l’œuf. } Coran, al-Saffat : 49.
De même que les vêtements, puisque Allah le Très-Haut dit :
{ Elles sont un vêtement pour vous. } Coran, al-Baqara : 187.
La demande d’ouvrir la porte est interprétée comme l’invocation, en vertu de la parole du Très-Haut :
{ Si vous avez imploré…} Coran, al-Anfal : 19.
L’eau, dans certains cas, est assimilée à la mise à l’épreuve, car le Tout-Puissant dit :
{ Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau abondante, afin de les y éprouver. } Coran, al-Jinn : 16-17.
La consommation de la viande crue indique la médisance, car Allah le Très-Haut dit :
{ L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ?! } Coran, al-Hujurat : 12.
L’entrée d’un roi dans un lieu, un pays ou une maison inférieure à son statut, chose que l’on réprouve pour quelqu’un de sa trempe, est interprétée comme une catastrophe et une humiliation qui toucheront sa famille.
Allah le Très-Haut dit :
{ En vérité, quand les rois entrent dans une cité, ils la corrompent. } Coran, al-Naml : 34.
L’interprétation sur la base du hadith
Le corbeau indique un homme impudique, car le Prophète (alayhi salat wa salam) l’a appelé impudique [fasiq].
La souris représente la femme impudique, parce que le Prophète (alayhi salat wa salam) l’a appelée « la petite impudique » [fuwaysiqa].
La côté est assimilée à la femme, car le Prophète (alayhi salat wa salam) a dit :
« La femme a été créée d’une côte. » Rapporté par al-Bukhari.
Les bouteilles dénotent les femmes, puisque le Prophète (alayhi salat wa salam) a dit :
« Ô Anjasha ! Conduis les bouteilles [les femmes] avec douceur. » Rapporté par al-Bukhari et Muslim. Je l’ai référencé dans al-Ishara fi ‘Ilm al-‘Ibara p.166-167.
L’interprétation selon les proverbes
L’orfèvre est interprété comme le mensonge, car les gens disent : « Les plus menteurs des gens sont les orfèvres. »
Le creusement d’un trou est synonyme de perfidie, parce que l’on dit : « Celui qui creuse un trou y tombera. » Allah le Très-Haut dit :
{ Cependant, la manœuvre perfide n’enveloppe que ses propres auteurs. } Coran, Fatir : 43.
Celui qui ramasse du bois à brûler est assimilé au calomniateur, car on dit de celui qui calomnie : « Il a ramené du bois contre lui. »
On interprète par la calomnie la parole du Très-Haut :
{ La porteuse de bois. } Coran, al-Masad : 4.
Une longue main est synonyme de gens qui font le bien. Ils disent : « Un tel a la main plus longue qu’un tel autre. »
Le fait de lancer une pierre ou une flèche est interprété comme une fausse accusation. On dit : « Il a lancé contre une telle l’accusation de turpitude ». Allah Tout-Puissant dit :
{ Et ceux qui lancent des accusations contre les femmes chastes. } Coran, al-Nur : 4.
Se laver la main révèle le désespoir de ce que l’on souhaite, car ils disent : « Je me lave la main de toi. »
L’interprétation selon les noms
Celui qui voit un homme appelé Rashid, l’interprète comme la droiture. S’il s’appelle Salim, l’interprétation est la sécurité. Selon Anas Ibn Malik, le Messager d’Allah (SallAllahu’alayhi wa salam) a dit : « Un soir, j’ai vu en rêve comme si nous étions chez ‘Uqba Ibn Rafi’, et on nous apporta des dattes d’Ibn Taba. Je l’ai interprété comme notre élévation en ce monde, la fin heureuse dans l’au-delà et que notre religion est arrivée à maturité. »
Ce hadith est authentique. Rapporté par Muslim t.4, p. 1779.
Ibn Sirin a dit : « Le noyau de datte : l’intention de voyager. Le coing [Safarjal] peut aussi être interprété comme le voyage, si rien dans le rêve n’indique la maladie, parce que sa première partie est Safar [voyage.]
Le lys [Susan] signifie le mal parce que sa première partie est « su’ » [mal]. S’il y est comparé, il y est alors assimilé dans l’interprétation.
L’interprétation selon le concept
Le cédrat est interprété comme l’hypocrisie, car son intérieur contredit son aspect extérieur, tant que rien dans le rêve n’indique l’argent. De même la rose et le narcisse sont synonymes d’une courte existence ; si on lui compare ce qui s’y rapporte, en raison de sa disparition rapide. Le myrte indique la durée, parce qu’il perdure.
On raconte qu’une femme demanda à un oniromancien d’Ahwaz : « J’ai vu en rêve comme si mon mari me donnait un narcisse et offrait à une co-épouse un myrte. »
Il dit : « Il te répudiera et s’attachera à ta co-épouse. N’as-tu pas entendu le poète :
« Le narcisse n’a pas de règne
Le règne n’appartient, certes, qu’au myrte » ?
L’interprétation par le contraire et l’inversion
De même que la peur dans le sommeil signifie la sécurité, car Allah le Très-Haut dit :
{ Il changera leur peur en sécurité. } Coran, al-Nur : 55.
De même la sécurité veut dire la peur.
Les pleurs sont synonymes de joie, s’ils ne sont pas accompagnés de sonorité.
Le rire est interprété comme la tristesse, sauf s’il s’agit d’un sourire.
La peste indique la guerre et vice versa. La précipitation à faire quelque chose signifie le regret, et le regret l’empressement.
L’amour est synonyme de folie et la folie d’amour.
Le mariage signifie le commerce et le commerce le mariage.
La saignée est interprétée comme la rédaction d’un acte et inversement.
Le changement de domicile représente le voyage et le voyage le changement de domicile.
Dans le même ordre d’idée, la soif dans le sommeil est mieux que de se désaltérer ; la pauvreté est mieux que la richesse ; une personne frappée, blessée ou touchée par un projectile est dans un meilleur état que celui qui frappe, blesse ou tire.
La règle de l’interprétation peut différer selon l’augmentation ou la diminution : ainsi, ils affirment que les pleurs signifient la joie. Mais s’ils sont accompagnés de son, il s’agit alors d’une calamité.
Le rire signifie la tristesse, mais un sourire est un bon présage.
La noir représente un trésor enfoui. Si elle produit un craquètement, elle indique une querelle.
L’huile sur la tête est un ornement, mais sil elle coule sur le visage, elle dénote le souci.
Le safran révèle l’éloge. S’il a un poieds ou un corps, c’est la maladie ou l’anxiété.
Le malade qui sort de chez lui sans parler signifie sa mort. S’il parle, cela veut dire la guérison.
Le rat représente la femme, tant que la couleur ne diffère pas. Si la couleur passe au blanc et au noir, il s’agit des jours et des nuits.
Les poissons, si on les dénombre, sont les femmes. En grand nombre, ils indiquent un butin.
L’interprétation peut changer par rapport à son fondement, selon le changement d’état du rêveur. Ainsi, la rancune dans le rêve est un ennui, mais pour un homme pieux, elle veut dire s’abstenir de faire le mal. Ibn Sirin disait au sujet d’un homme qui prêche sur le minbar qu’il détiendra une autorité. S’il n’appartient pas à cette catégorie, il sera crucifié.
Un homme demanda à Ibn Sirin : « J’ai vu en rêve que je faisais l’appel à la prière. » « Tu accompliras le pèlerinage » dit-il. Un autre fit de même et il l‘interpréta comme l’amputation de sa main pour vol. On lui reprocha ces deux interprétations différentes. Il expliqua : « J’ai vu le premier sous un bon signe et j’ai interprété son rêve selon la parole du Très-Haut :
{ Et fais aux gens une annonce pour le Hajj. } Coran, al-Hajj : 27.
Quant à l’autre, je n’ai pas aimé son aspect. J’ai alors interprété la parole du Tout-Puissant :
{ Ensuite, un crieur annonça : « Caravaniers ! Vous êtes des voleurs. » } Coran, Yusuf : 70.
Il arrive aussi qu’un homme ait une vision, et dans la réalité il est touché par exactement ce qu’il a vu dans le rêve, comme l’obtention d’une autorité, l’accomplissement du pèlerinage, l’arrivée d’une personne absente, ou l’avènement d’un bien ou d’une infortune. En effet, le Prophète (alayhi salat wa salam) a eu la vision de la conquête et il en fut ainsi :
{ Allah a été Véridique en la vision par laquelle Il annonça à Son Messager en toute vérité. } Coran, al-Fath : 27.
Ibn Khuzayma Ibn Thabit rapporte de son oncle que « Khuzayma vit en songe qu’il se prosternait sur le front du Prophète (alayhi salat wa salam). Quand il le lui annonça, celui-ci s’allongea et dit : « Confirme ta vision », Khuzayma se prosterna alors sur son front. Hadith authentique. Tranmis par Ahmad t.5, p.214-215-216 ; Ibn Abi Shayba t.11 p.78 et al-Hajul t.3 p.396.
Il arrive aussi qu’on fasse voir au rêveur une chose concernant un homme et que l’interprétation s’applique à son fils, son proche ou son homonyme. Le Prophète (alayhi salat wa salam) vit en rêve que Abu Jahl lui prêtait serment. Mais cela s’appliqua à son fils ‘Ikrima. Lorsqu’il embrassa l’Islam, le Prophète (alayhi salat wa salam) s’exclama : « C’est lui. » Il vit aussi qu’usayd Ibn Al-‘As gouvernait la Mecque, mais c’est son fils ‘Itab Ibn Usayd que le Prophète (alayhi salat wa salam) nomma gouverneur de la Mecque. » Voir Sharh al-Sunna t.12, p.220-225.
« Sache que les anciens principes de la vision n’ont en rien changé. Ce sont plutôt les conditions des gens qui ont changé, par rapport à leurs préoccupations, leurs manières et leur préférence pour la vie d’ici-bas à celle de l’au-delà. C’est pourquoi elle est devenue le principe dont l’interprétation était la préoccupation et le but de l’homme. Cette préoccupation était essentiellement sa religion à l’exclusion de ce bas monde, mais elle s’est détournée aujourd’hui de sa religion et de la préférence qu’il en avait, pour s’investir dans ce monde, ses objets et son opulence. Chez les hommes, elle constitue de nos jours la plus grande des deux préoccupations, sauf chez les gens de religion et qui renoncent à ce monde.
Les compagnons du Messager d’Allah (SallAllahu’alayhi wa salam) voyaient les dattes et les inteprétaient comme la douceur de leur religion. Ils interprétaient le miel comme la lecture du Coran, la science et la piété. La douceur de tout ceci se trouvait dans leurs cœurs. Mais, aujourd’hui, cette douceur et cette préoccupation, pour la plupart des gens, se trouvent dans ce bas monde et son opulence, à l’exception d’une poignée que j’ai décrite. » Voir al-Ishara fi ‘Ilm al-‘Ibara p.189.